Nos Critiques

 

Après chaque participation au festival ciné32 nous écrivons des critiques sur les films vus en avant premières. Ces critiques sont ensuite publiés sur le journal de Ciné32.
 

Critiques du festival 2011


Les neiges du Kilimandjaro

 Les neiges du Kilimandjaro
Film de Robert Guédiguian, avec Jean-Pierre Daroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet...
 
           Vingt personnes doivent être licenciées. Le syndicat fait alors un tirage au sort. Michel, un syndiqué (Jean-Pierre Daroussin), et Christophe, jeune ouvrier (Grégoire Leprince-Ringuet), font partie de ces mal-chanceux. Pourtant, même s'ils sont tous les deux au chômage, leur nouvelle vie est bien différente : Michel et sa femme Marie-Claire ( Ariane Ascaride) vivent aisément entourés de leur famille, de leurs amis et de leurs combats
politiques. De l'autre, Christophe qui mène une vie double : un personnage adorable qui s'occupe de ses frères délaissés par leur mère, mais aussi un homme prêt à tout pour payer ses factures. Un jour, leurs destins vont se croiser et remettre en cause bien des certitudes. Les frontières morales vont se troubler. Et l'on se demande qui détient la vérité :  un homme qui se rend compte qu’il a passé sa vie à se battre et que ça n’a pas suffi ou un jeune homme qui doit recourir à des extrêmes pour survivre ?
            Robert Guédiguian, met en scène les injustices de la société inégalitaire qu’est la nôtre. Dans ce film poignant, on remet ainsi en cause toutes nos idées déjà fondées à travers ses personnages attachants et leurs luttes politiques et sociales.


Take shelter



Curtis LaForche( Michael Shannon ) mène une vie paisible avec sa femme et sa fille. Mais affligé de visions Apocalyptiques, le jeune père va se demander s'il fait bien de protéger sa famille en construisant un abri ou s'il ne ferait pas mieux de la protéger de lui-même.
Jeff Nichols signe encore une fois une grande réussite dans sa deuxième collaboration avec Michael Shannon dans Take Shelter, qui a déjà remporté trois prix. Ce thriller psychologique réussit à mettre en place une tension chez le spectateur et l'accroche avec une excellente prestation des acteurs et des images à couper le souffle.
Après la guerre entre frères de Shotgun Stories, c'est au coeur d'une famille qu'il s'attaque, un couple et son enfant, un sujet classique qu'il va modeler pour raconter autre chose et signer un des films les plus intéressants de ce début d'année.

Another happy day




Le mariage de son fils aîné Dylan ( Michael Nordelli ) devrait être un moment de réjouissance, mais Lynn ( Ellen Barkin ) a l'impression que toute sa famille l'empêche d'être heureuse. Sa mère Doris ( Ellen Burstyn ) la juge, son ex-mari ( Thomas Haden Church ) est distant, et la nouvelle femme de celui-ci, Patty ( Demi Moore ) aime s'imposer. Au fur à mesure que va arriver le jour du mariage, on ne sait plus si le mariage sera un évènement Joyeux ou bien une catastrophe familiale.
Pour un premier film, le jeune réalisateur Sam Levinson a réussi un très bon film, qui décrit de manière très dramatique une famille dysfonctionnelle sans tomber dans une ambiance déprimante. Il a su équilibrer l'humour et le drame familial, et tomber sur le juste milieu.
Grâce à un scénario et un script excellents, ainsi qu'une prestation également excellente du fils drogué et instable ( Ezra Miller ) et d'une mère persécutée par sa famille ( Ellen Barkin ), ce film a remporté le prix du scénario au festival de Sundance, festival du cinéma indépendant américain.
 
L'Art d'aimer



D’Emmanuel Mouret. France/2011/1h25. Avec entre autre Ariane Ascaride, Fréderique Bel, François Cluzet, Julie Depardieu, Judith Godrèche et Gaspard Ulliel.
 
 
            Emmanuel Mouret, cinéaste complet, à la fois scénariste, réalisateur et acteur, signe un délicieux « film choral » autour de l’amour et du désir. Le titre du film nous le confirme, celui-ci se référant au manuel de séduction du poète latin Ovide. D’entrée, le film aborde le sujet, expliquant que le fait de tomber amoureux peut s’apparenter pour chacun de nous à une musique, une couleur distincte. On suit ensuite plusieurs histoires, toutes différentes de celles que l’on voit généralement dans les comédies romantiques. Ces instants de vie sont rythmés à l’écran par des citations souvent incisives sur l’amour, telles que « Le désir est inconstant », « Sans danger le plaisir est moins vif » ou encore « Il ne faut pas refuser ce que l’on nous offre »  et « Patience, patience, patience » dont le sens, mis en lien avec les difficultés amoureuses des personnages provoque le rire. Les relations entre les personnages ne sont en effet pas très simples, elles sont souvent empreintes de tensions, de quiproquos voire même de névroses.
L’utilisation d’une bande sonore très rythmée et de plans-séquences dans lesquels les acteurs sont presque toujours en mouvement rend le film vif, dynamique et rappelle également, par le thème abordé, les films de Woody Allen. Ces moments cocasses, à la fois tendres et comiques, sont interprétés par une palette d’acteurs exceptionnels, on retrouve Judith Godrèche et Frédérique Bel, actrices fétiches du réalisateur ainsi que François Cluzet, Ariane Ascaride, Julie Depardieu, Laurent Stocker et Gaspard Ulliel. Ce film nous charme, et telle une friandise, on en redemande !

17 filles

17 filles - Affiche française

17 Filles est l'histoire incroyable, inspirée de faits réels passés aux États-Unis, de 17 lycéennes qui décident de tomber enceintes toutes ensemble pour créer un groupe de « jeunes mamans » avec leurs enfants qui seraient alors tous frères et sœurs. Tout commence par la grossesse imprévue de Louise, qui va ensuite mener le groupe : elle amène d'abord ses amies dans son histoire puis petit à petit cette « mode » va s'étendre.
            On est donc au milieu d'une remise en cause de la société par des jeunes dans un film plein de vie, de rebondissements et de temps de réflexion. On se retrouve devant un groupe d 'adolescentes où tout le monde se reconnaît, qui vont pourtant faire basculer leur vie avec cette grossesse. Elles remettent ainsi en cause la vie toute tracée que leur présentent les adultes et veulent créer leur propre utopie. Elles sont confrontées à l'impuissance des parents et des professeurs, à l'incompréhension des jeunes hommes. Tout le monde se demande si cette histoire relève de la maturité ou d'un simple « délire » de ces filles. Tout est mélangé pour passer un bon moment : humour, réflexion, suspens…
 


Critiques du festival 2008

fight club

Une famille chinoise

Sorti en 2008

de Wang Xiaoshuai

Avec Liu Wei wei, Jiayi Zhang


Une Famille chinoise dont le titre original est Zuo You a été réalisé par Wang Xiaoshuai. Produit en 2007, son film a reçu l’Ours d’argent du meilleur scénario au Festival de Berlin 2008 et sortira le 26 novembre 2008.

Mei Zhu et Xia Lu sont divorcés et ont refait leur vie chacun de leur côté Mei Zhu avec Lao Xie, un homme attentionné et Xia Lu avec Dong Fan qui, elle, rêve d’avoir un enfant. Ils apprennent que leur petite fille Hehe est atteinte d’une leucémie et seule une greffe d’un frère ou d’une sœur pourrait la sauver. Il faudrait donc un autre enfant né d'eux deux. Avec une mère en proie à de terribles souffrances psychologiques qui est prête à tout pour sauver sa fille, une loi chinoise intransigeante, la nouvelle vie des parents, l’intrigue se complique.

Ce film n’est donc pas un simple mélodrame avec une maladie à surmonter. Certes, tout se déroule autour d’une petite fille malade qui n’a rien demandé à personne mais c’est sa maladie qui est à l’origine de nombreux bouleversements dans la vie des deux couples. Nous avons affaire à des personnages neutres auxquels le spectateur peut facilement s’identifier. Ils évoluent face à une situation cruelle, quasi impossible qui s’impose à eux et ils en deviennent les victimes. Dans ce film, Wang Xiaoshuai expose toute la complexité de la société chinoise qui n’arrange rien à la situation des parents tant par sa loi (pas plus de deux enfants par femme), que par les mœurs (ce n’est pas moral d’avoir un autre enfant avec son ex-mari lorsqu’on a refait sa vie). C’est la façon dont ils vont gérer leurs relations avec leur conjoint, mais aussi avec la société qui nous est ici montrée. Si l’intrigue n’est pas banale, le film est quant à lui trop long et les situations auxquelles les personnages doivent faire face mettent du temps à changer, à se transformer.

 

sandra

Sandra Kalniete

Documentaire


Sandra Kalniete est un film de Dominique Blanc qui fait depuis longtemps parti du monde du cinéma mais en tant que comédienne. C’est après avoir lu En escarpins dans les neiges de Sibérie de Sandra Kalniete qui l’a beaucoup touchée et après l’avoir rencontrée que Dominique Blanc décide de réaliser ce documentaire présentant la vie et le destin hors du commun de cette femme d’exception.
« J’ai eu envie d’aller plus loin avec elle…et j’ai réalisé un reportage autour d’elle. Avec une petite équipe, dont une chef opérateur merveilleuse, Hélène Louvard, je me suis rendu à Riga. J’ai filmé la vie de Sandra Kalniete, une rencontre avec ses parents qui est évidemment très touchante, j’ai tenté de saisir cette femme rare. »

Sandra Kalniete fut ambassadeur de son pays, la Lettonie avant d’être, aujourd’hui commissaire européen. Rien ne la destinait à cela. En effet, Sandra Kalniete est né au goulag de Sibérie et ce n’est qu’à la mort de Staline, à l’âge de cinq ans qu’elle retourne dans son pays, la Lettonie. Ce documentaire retrace sa vie par l’intermédiaire de son témoignage et celui de sa famille, pris sur le vif, sans artifices. Il présente les peines et les souffrances dues à la partie sombre de l’histoire de la Lettonie et fait découvrir la vie d’une femme d’exception qui a su changer son destin et celui de son pays. Elle s’est battue pour l’indépendance, la liberté, l’ouverture à l’Europe qui pour elle signe enfin la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’agit d’un film très touchant de par le témoignage de ses parents et l’histoire même de Sandra Kalniete et de son pays. Toutefois, les plans exposant la vie dans les camps sont intégrés parfois au milieu de témoignages, ce qui coupe le rythme du film, c’est dommage.

 

mascarades

Mascarades

Sorti en 2008

De Lyes Salem

Avec Lyes Salem, Sara Reguige

« A l’unanimité du jury du 1er Festival du film Francophone en France, Mascarades, premier long métrage de Lyes Salem, s’est vu décerner « le Valois du meilleur film », la distinction suprême. »

Un petit village en Algérie. Mounir, orgueilleux et fanfaron, souhaite être reconnu de ses voisins et amis. Mais seul problème, sa sœur Rym, narcoleptique, s'endort à tout bout de champ, et est la risée de tout le village. Un soir, alors qu'il rentre soûl de la ville, Mounir ne supportant plus les moqueries qu’il subit lui et sa famille, annonce sur la place du village qu'un riche homme d’affaires étranger a demandé la main de sa soeur. Du jour au lendemain la vie du village est bouleversée ; alors que chacun veut se rapprocher de Mounir et rencontrer cet homme fictif, que dans chaque maison on ne parle que de ce mariage, Mounir et Rym vont devoir impérativement trouver le moyen de réparer cette erreur, mais de là à avouer la vérité…
Dès lors, c’est une sorte de manège qui se met en place, tirant Mascarades vers le meilleur des films de la comédie. Déjà césar 2005 du court métrage avec Cousines, Lyès Salem démontre dans son premier long métrage un vrai talent de réalisateur qui sait fabriquer du comique par un découpage des scènes minutieux, un talent pour la « dramaturgie », etc.
Derrière une image comique et une ambiance légère, Lyes Salem pose tout en finesse les problèmes de la religion musulmane, concernant le mariage, face à une société changeante, le rôle de la femme et de sa relation à l’homme.
Mais il nous décrit aussi presque amoureusement une Algérie belle et pétillante, pleine de vie et d’envies, d’ambition et d’action, mais qui malheureusement dort en rêvant d’une société occidentale, de consommation (tous les habitants du village changent totalement de comportement vis-à-vis de Mounir dés lors qu’ils apprennent le mariage de sa sœur avec un occidental riche).
C’est un succès en Algérie, malgré quelques réserves sur certains éléments de la religion musulmane avec lesquels le réalisateur prend quelques libertés (plusieurs scènes en témoignent, plus particulièrement celle d’un mariage qui va à l’encontre du déroulement traditionnel).
Lyes Salim lance alors un grand appel à la réflexion par cette comédie digne des plus grands films italiens !

 

 

Louise Michel
De Gustave Kervern et Benoît Delépine
Avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde
Sortie : 24 décembre 2008

Ça ne va pas plaire à tout le monde. Troisième film du tandem Kervern-Delépine, après Aaltra et Avida, Louise Michel a tout de la fable politique jubilatoire.
Un matin, les ouvrières d'une usine de textile découvrent que leur patron a fait déménager les machines pendant la nuit. Les voilà donc au chômage, avec des indemnités ridicules. Comment utiliser au mieux ce maigre pécule ? Louise a une idée qui fait l'unanimité : faire éliminer le patron par un tueur à gages.
C'est sur cette idée politiquement incorrecte que les deux compères de Groland sur Canal + brodent une histoire loufoque, burlesque, traversée de personnages attachants et poétiques, comme l'ingénieur fou incarné par Poelvoorde ou le paysan écolo, joué par Mathieu Kassovitz, également producteur du film. La mise en scène est sobre, mais efficace, car elle joue essentiellement sur l'utilisation du cadre et de la profondeur de champ, enrichissant, démultipliant l'image. "Cinématographiquement parlant, nous sommes lamentables ! Notre caméra ne bouge pas, il n'y a presque pas de musique, nous faisons simplement faire des choses à des personnages devant une caméra" déclarent les deux réalisateurs, histoire de ne pas se prendre au sérieux. Le film agit comme un exutoire politique, un remède salvateur contre une société injuste, qui écrase les plus faibles.

 

Les Bureaux de Dieu
De Claire Simon
Avec : Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré
Sortie : 5 novembre 2008

Dans une salle d'un planning familial parisien, des femmes de tous âges, de tous horizons attendent. Les raisons de leur venue, tracas des femmes de notre société, sont le fil conducteur de ce film.
Ces femmes vont tour à tour nous intriguer, nous émouvoir ou nous choquer. Elles dialoguent avec les conseillères, interprétés avec brio par des actrices célèbres comme Isabelle Carré ou Béatrice Dalle. Ces actrices se sont engagées à travers ce film pour la liberté sexuelle des femmes. Le scénario de ce film est tiré d'histoires vraies que la réalisatrice a découvertes en sillonnant les plannings familiaux de France. Nedjma a caché à sa mère qu'elle prenait la pilule ; Djamila voudrait pouvoir la prendre ; une autre veut partir en Espagne pour pouvoir avorter. Toutes sont accueillies chaleureusement et avec beaucoup d'écoute dans un ancien appartement bourgeois, qui leur sert de refuge. Dans ces bureaux, on parle, on chante, on danse, on rit, on fume, on vit librement.
Un film au montage épuré qui met ainsi en avant l'importance des histoires ordinaires ou extraordinaires qui y sont racontées. Les femmes sont présentées par des plans fixes ; on peut voir alors toutes les émotions qui les étreignent au fil de leur récit. L'ambiance des bureaux est intime. Entre deux rendez-vous, on répète du Racine sur un coin de table ou on fume paisiblement au balcon. Les couleurs pastels des murs anciens entourent cette gente féminine d'un cocon de douceur.
Grâce aux portraits multicolores et touchants de ces femmes, ce film explore la réalité de la sexualité de la femme d'aujourd'hui, entre le poids des traditions, et la libération des consciences.

 

 plaisir

Le plaisir de chanter

Avec : Marina Foïs, Lorant Deutsch, Jeanne Balibar
Sortie : 26 novembre 2008

C'est un film qui sait séduire par son humour, mais le film est à prendre au second degré. Il raconte l'histoire d'un duo d'agent secret amoureux qui se voit confier la mission de récupérer une clé USB. Pour cela, ils sont obligés d'infiltrer un cour de chants lyrique qui deviendra bientôt un vrai nid à espions.
Ce film est "sur le fil" ; à tout moment, il semble pouvoir basculer dans un humour gras, mais reste toujours très drôle, et sait même être fin. Le scénarise, Ilan Duran Cohen, a délibérément mis les corps à nus pour se révéler à nous. Il n'y a aucune pudeur. Il a aussi voulu équilibrer l'utopie entre la comédie, le drame psychologique, le thriller et la réflexion. Jusqu'au dénouement, le spectateur va de surprise en surprise et ne s'ennuie jamais.

 

Le chant des mariées
De Karin Albou
Avec : Lizzie Brocheré, Olympe Borval, Najib Oudghiri, Simon Abkarian, Karin Albou
Durée : 1h40
Sortie : 17 Décembre 2008

Tunis, 1942. Un long métrage de plus sur la seconde guerre mondiale ? Après La petite Jérusalem, Karin Albou nous entraîne au cœur d’un protectorat, où musulmans et juifs vivent en parfaite harmonie. Les thèmes abordés ont un lien de parenté : même détermination des jeunes femmes, même désir de vivre dans un milieu répressif à leur égard, même préoccupations d’adolescentes. Loin du front, l’on partage l’amitié de Nour, jeune musulmane et Myriam, jeune juive. Bien que voisines, celles-ci mènent une vie aux antipodes l'une de l'autre. Chacune rêve secrètement de la vie de l’autre : Myriam va à l’école, Nour est fiancée à Khaled. Mais bientôt, l’arrivée des Allemands va bouleverser cette paisible amitié : des tracts diffamatoires à l’égard des juifs sont déversés à tout va et Khaled, contraint de travailler pour pouvoir épouser Nour, accepte un emploi au service de la Kommandantur… Dans ce film, la propagande et l’oppression Nazi ont des répercussions très fortes sur les personnages : les vols de reconnaissance, les alertes à la bombe, les explosions hantent la population …
Karin Albou choisit ainsi le regard de la femme dans la perception de cette guerre, qui se transforme en guerre des cultures entre les deux communautés. Bientôt la violence se répand au sein du protectorat, ce que la réalisatrice ne manque pas de faire observer. A aucun moment l’on n'est assailli par une vision manichéenne, qui serait caricaturale. Le Hammam, lieu de rencontre et de détente pour les deux communautés, devient un lieu de conflits, prémisse d’une séparation entre ces deux cultures. Les deux jeunes amies, dont l’amitié s’effiloche, sont frappées par cette violence, soulignée par des tons bleus et gris, dominants tout le long du film : toutes deux sous la coupe de leurs parents, elles doivent suivre inéluctablement le destin de toute femme, celui du mariage forcé: Myriam est contrainte d’épouser un riche médecin, Raoul, afin de pouvoir régler la taxe imposée aux juifs ; Nour est fiancée à Khaled, c’est ici l’illustration d’une société traditionnelle. Celles-ci en arrivent à feindre de ne pas se voir… A toutes ces hostilités s’ajoutent les préoccupations de l’adolescence, les interrogations sur l’amour et la sexualité, l’angoisse de ces hommes dont on les tient à distance depuis leur naissance. Melting-pot de thèmes, ambiguïté des personnages, l’on aborde avec originalité cette guerre et ses conséquences. Si l’aspect « boucherie » est occulté, le film n’en est que plus émouvant, tout en rejetant les clichés mélodramatiques. Ce second long métrage est à l’image de sa réalisatrice : à la fois audacieux et humble.

 

jeux voir

Titre : Je veux voir
De Joana Hajithomas et Khalil Joreige
Sortie : 3 décembre 2008
Durée : 1h15


Jusqu’ en juillet 2008, deux guerres civiles se succèdent au Liban. Le pays est à reconstruire et les âmes sont meurtries. C’est là qu’arrivent Catherine Deneuve et l’équipe de tournage. Quelques jours pour filmer un pays et essayer d’en dévoiler le véritable visage. Et Catherine visite le Liban, en compagnie de son guide, un libanais fatigué et perdu, dans un pays qu’il a lui-même du mal à reconnaître . Mais alors que le désastre de la guerre est étalé sous nos yeux, on ne peut s’empêcher d’admirer la beauté du paysage, filmé avec fluidité, et qu’un magnifique travail sur l’image nous fait découvrir avec émotion. Tout au long du film, se mêlent alors l’inquiétude face à la violence qui plane et le bien-être devant ce pays qui dévoile son âme. Les réalisateurs parviennent ainsi à la frontière entre la désolation et la beauté. Et c’est au cours d’un voyage à la fois fiction et reportage, qu’ils répondent à la question : jusqu’où le cinéma peut-il aller, quelles images et quelles vérités peut-il dévoiler ?

 

lovers

Two Lovers

Avec : Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Vinessa Shaw
Sortie : 19 novembre 2008

L' histoire :
New York, Brooklyn. Leonard vit chez ses parents où il rencontre deux femmes : Michelle, sa nouvelle voisine belle et troublante, et Sandra, fille d’amis de ses parents, vers qui ceux-ci le poussent. Entre épouser l’une ou écouter ses sentiments pour l’autre, entre la raison et l’instinct, Leonard va devoir faire le plus difficile des choix.

Critique :

James Gray signe là un quatrième long métrage qui surprend en sortant seulement un an après La Nuit nous appartient, et surtout en abordant un thème totalement différent de son univers habituel. Two Lovers est en effet une simple histoire d’amour loin de la Mafia, de la police et de la corruption. Le réalisateur s’est inspiré d’une nouvelle de Dostoievski, Nuits blanches, sur un homme qui développe un amour platonique et une véritable obsession pour une femme qu’il rencontre dans la rue, pour aborder l’amour d’un point de vue plus personnel que les comédies romantiques. Et c’est un pari réussi car si l’on s’attend à un banal triangle amoureux, on s’aperçoit vite que tous les personnages sont bien plus profonds et complexes, grâce notamment à un casting irréprochable (Gwyneth Paltrow pour Michelle, Vinessa Shaw pour Sandra). Mention spéciale pour la performance de Joaquin Phoenix, qui joue pour la troisième fois le rôle principal dans un film de J. Gray. La simplicité de l’intrigue partage les critiques : « trop grande » pour certains, « bouleversante » pour d’autres, elle permet en tout cas à l’atmosphère tantôt romantique, comique et dramatique des scènes d’irradier le film et d’émouvoir le spectateur. Il faut enfin saluer pour cela la maîtrise technique du réalisateur, son talent de mise en scène, et la beauté de la photographie du chef-opérateur Joaquin Baca-Asay qui avait également fait un très bon travail dans La Nuit nous appartient. James Gray, à propos du film : « je recherchais la beauté dans la banalité. Et parce l’histoire possédait déjà des éléments fantastiques je recherchais quelque chose de très pragmatique, presque naturaliste ». C’est ce qui ressort dans Two Lovers, un film réussi de ce point de vue-là, mais pour lequel la magie n’opère malheureusement pas toujours selon les spectateurs.

 


Comme une étoile dans la nuit.
De René Féret
Avec : Salomé Stévenin, Nicolas Giraud, Jean-François Stévenin, Maryline Canto
Sortie : 3 décembre 2008

Le sujet du film ne fait pas envie : un jeune couple, très amoureux, est brutalement confronté à la violence d'une maladie incurable. Encore un film sur la mort, sur le malheur ? Encore un film tire-larmes, larmoyant à souhait et qu'il faut absolument éviter pour garder le moral ?

Fuir ce film pour ces raisons-là serait une erreur. René Féret ne joue pas du pathos ; il nous épargne les scènes larmoyantes, les apitoiements et les désespoirs. C'est au contraire un film lumineux, fort, un hymne à l'amour plus fort que la mort. La mise en scène de Féret sait mettre en valeur la beauté et la force de ses acteurs ; les éclairages sont lumineux et sobres ; la caméra se fait discrète et le spectateur est un témoin, jamais un voyeur ; quant à Salomé Stévenin dans son premier grand rôle, elle donne au personnage d'Anne du charme, de la crédibilité et une vitalité communicative.

 caos

Titre : Caos Calmo
De Antonello Grimaldi
Sortie : 10 décembre 2008
Durée : 1h52


A la mort soudaine de son épouse Lara, Pietro se retrouve seul avec sa fille de 10 ans Claudia. Le jour de la rentrée, il l’accompagne à l’école, et décide subitement de l’attendre. Il fait de même les jours qui suivent et la routine s’installe. Le film se déroule autour de cette place face à l’école, où Pietro cherche un sens à sa vie et attend que la douleur d’avoir perdu sa femme se manifeste. La place devient alors un lieu de réflexion et il va y découvrir la véritable facette de ceux qui l’entourent. Dans un film où l’atmosphère est pareille au chamboulement de l’esprit du personnage, on assiste à la redécouverte de la vie par Pietro, cependant que ses amis cherchent à le retrouver dans l’étrange « chaos calme » qui l’habite.

 

city
24 City
De Jia Zhangke
Avec Joan Chen, Lv Liping
Sortie : Avril 2009



"24 City", c'est le complexe d'appartements de luxe qui se construit sur le site désaffecté de l'usine 420. Huit anciens ouvriers témoignent des répercussions que cette usine a eu sur leurs vies. A travers leurs anecdotes, c'est l'histoire de la Chine sur 60 ans qu'ils nous font découvrir.
Jia Zhangke, le réalisateur de ce docu-fiction, a pour habitude de porter un regard acerbe et critique sur la société chinoise ; quatre de ses films ont déjà été censurés par le gouvernement chinois qui n'accepte pas cette vérité. Avec 24 City Jia Zhangke ne déroge pas à la règle et nous livre un long métrage poignant qui nous dévoile l'univers chinois, celui auquel nous, occidentaux, n'avons pas accès. Grâce aux huit témoignages, nous côtoyons trois générations, séparées par un fossé : si les anciens sont nostalgiques du temps de l'usine où le communisme était roi et le dévouement à l'Etat total, les plus jeunes sont en quête de progrès, pour gagner toujours plus d'argent.
Par un habile jeu de caméras, Jia Zhangke parvient à faire oublier la dimension, parfois pesante, du documentaire : des plans fixes de plusieurs secondes présentent les personnages et dérangent le spectateur qui se sent observé ; il est dès lors intrigué par l'histoire à venir. Cette sensation est accentuée par la capacité expressive des chinois, qui par leur seul regard nous transmettent leur émotions et donnent le ton de chaque anecdote. L'aspect fiction du documentaire, quant à lui, est donné par la bande-son : à chaque témoignage correspond une époque et un style de musique chinoise.
Au final, si les deux heures de séances sont à un moment donné un peu longues, on sort de la salle ému et surpris de découvrir un monde, qui finalement est plus proche du nôtre qu'on ne le pense.

 

z32
Titre : Z32
De : Avi Mograbi
Sortie : février 2009
Durée : 1h21

Un homme qui en tue volontairement un autre est un assassin. Et quel poids a la parole d’un assassin ? Avi Mograbi se lance dans une rude tâche : représenter au cinéma le témoignage d’un soldat d’une unité d’élite de l’armée Israélienne. Dans ce film au sujet dur à aborder sans parti pris il parvient à mélanger l’humour noir et la réflexion grâce à un film-reportage fait de témoignages entrecoupé par moments de chansons chantées par le réalisateur lui-même. Le débat est alors ouvert sur les questions du repentir et du pardon, mais aussi sur la compréhension de l’autre et sur les motivations qui peuvent pousser un homme à en tuer un autre. Mais sans sombrer dans une vision manichéenne, Avi mograbi arrive à surmonter la difficulté et à représenter une réalité impitoyable sous la forme d’un œuvre d’art.

 

 

 
 



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